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Blues Andin

Bonjour à toutes et à tous,
Comme on me l'a chaudement recommandé (mes mails étant apparament trop joyeux, pleins d'un bonheur serein et de découverte passionantes, mais risquent de me coûter quelques amitiés), je ne vais donc pas vous bombarder de bonnes nouvelles, d'images magnifiques ou de quelque récit joyeux aujourd'hui... Mais vous conter ce qui m'est venu à l'esprit une fin d'après midi de blues, à propos de l'expatriation...
Hé oui, ce n'est pas si facile tous les jours ;-)

L'expatriation, c'est avant tout un deuil. Deuil de ce que l'on connait, de nos habitudes, de nos goûts, de nos plaisirs cent fois répétés... Bref, un renoncement à une manière de vivre. Je ne connaissait pas le mot manque qui fit alors son apparition (il la ferait bien un jour, non?).
Au début, ces habitudes qu'on ne reproduit pas laissent une place libre, où viennent prendre place les mots "nouveau", "inconnu", "différence", "découverte" et "émerveillement"... Mais la nouveauté assimilée, le "quotidien", quel qu'il soit, refait surface, et le manque se fait ressentir plus prégnant encore, recouvrant l'étendue de sa signification.
Les réalités que je place sur ce "manques" sont évidemment variables, contextuelles et inégales, avec tout d'abord les amis, leurs conversations, pouvoir partager avec eux ce que je vis, ce qui me touche; savoir ce qu'ils vivent, quelle réalité quotidienne est la leur, leurs bébés que je ne vois pas grandir... Bref le partage de toutes nos émotions. De plus, le temps manque toujours, et les amis sont trop nombreux pour pouvoir avec tous garder un contact digne de ce nom. Il y en a pour qui cette absence ne jouera pas et que je retrouverai comme avant mon départ, les vieux, les vrais! Il y a ceux qui "connaissent déjà" et que je tretrouverai comme avant... Et il y a le cimetierre qui aura ramassé ceux que le temps aura laissés sur le bord du chemin... Le temps fait son office, relèguant plus loin chaque jour qui passe ceux que j'aime.
Au-delà des gens, il y à d'autres choses qui manquent également: une bonne partie de donjon, les croquettes au crevettes, le sable de la mer du nord (je n'auris jamais cru qu'elle pourrait me manquer), un bon JT dans un divan, une ballade au Bocq avec mes soeurs, une bonne bière à la Cuve... autants d'éléments issus d'une réalité, d'un mode de vie auquel je m'étais attaché, et auquel je suis forcé de renoncer par choix, pour avoir envie de vivre autre chose.
Je ne connais pas encore le sentiment du "retour", mais hier après midi (siesta oblige), je l'ai rêvé...Etrange, surréaliste et définitivement "décalé" car on pense toujours retrouver les choses, les gens et les endroits tels quels. Mais le goût n'étais plus le même, la saveur était quelque peu passée, et la déception était au rendez-vous. La réalité avait changé (ou peut être étais-ce moi...), trop de facteurs s'étaient modifiés. Je dois avouer que quelques fois j'ai un peu peur d'avoir brisé une vie qui somme toutes me plaisiait dans les grandes lignes pour je ne sais quelle chimère qui ne me satisfera jamais tout à fait, jamais assez... A ver!
Mais vous vous doutez que ces mots sont venus à un moment sans faste, terne, un peu gris et triste. Je sais que tout à l'heure (et je peux aujourd'hui le confirmer!) le soleil brille à nouveau car un des mots que je connais le mieux est "optimisme", mon ami fidèle qui ne me quitte presque jamais!
Mais je peux vous rassurer, cen'était qu'un petit moment de blues passager, et aujourd'hui tout va très bien, je prépare le voyage de 3 semaines en Bolivie qui nous mènera, Nathalie et moi, du Sud au Nord et de l'Est à l'Ouest à travers quelques paysages époustoufflants... Mais "oupsss" promis, rien de joyeux aujourd'hui, je vous raconterai donc plus tard ...

Vous me manquez tous,
Vincent



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Mis en ligne le 20/04/03