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La Guerre du Gaz
Bonjour à toutes et à tous,
Comme vous en avez probablement entendu parler, la Bolivie ne va toujours pas mieux... En effet, depuis samedi, des manifestations, pacifiques dans un premier temps, ont éclaté à El Alto (4ème ville du pays, jouxtée à La Paz). Ces manifestations avaient pour objet la vente du gaz bolivien aux Etats Unis via le Chili, accords que le gouvernement de Goni (Gonzalo Sanchez de Lozada) avait approuvé la semaine dernière. Je ne parlerai pas ici du thème du gaz, trop vaste pour un E-Mail, mais simplement de ce qui se passe en Bolivie à l'instant où je vous écris.
Une petite introduction néanmoins... Le gaz, selon beaucoup d'analystes, n'est pas LE problème principal de la Bolivie mais agit plutôt comme catalyseur de toutes les revendications du peuple face à la "démocratie ultra libérale" instaurée depuis bientôt 22 ans dans le pays, et qui a appauvri tout le monde, exception faites de la classe dirigeante corrompue et des transnationales. Ce qui se vérifie d'heures en heures puisqu'aux premiers manifestants syndicalistes et campesinos contre le gaz, sont venus se joindre des profs, des étudiants, des bouchers, des taxis, des retraités... bref des pans entiers de la société civile pour demander la démission du président et une réorientation politique du pays. Le mouvement n'est pas centralisé, mais les grandes figures en sont Evo Morales (Movimiento Al Socialismo), Felipe Quispe (MALLKU, mouvement Indigena Pachakuti, mouvement des indiens Aymaras), et Jaime Solares de la Central Obrera Boliviana (principal syndicat national), tous opposants à la libéralisation sauvage de Goni...
Pour ce qui est des événements proprement dits, les manifestations ont débuté samedi a El Alto et ont été réprimées par l'armée qui a utilisé pour cela des chars, des armes lourdes et des tirs à balles réelles... faisant 26 morts sur le week-end. Le lundi, la contagion populaire gagnait également La Paz qui était de suite "militarisée" par le président. Les manifestations de lundi auraient fait 28 morts et on ne compte plus les blessés par balles! Le mouvement, qui gagne lentement l'ensemble du pays, demande la démission de Goni qui refuse pour l'instant d'abdiquer...
Politiquement 3 ministres du NFR (Nueva Fuerza Republicana) et un du MIR (Movimiento Izquierdista Revolucionario) démissionnaient lundi. Pour rappel, le président Goni (Movimiento Nacionalista Revolucionario) dirige une coalition de 3 partis dont le MNR, le NFR et le MIR. Le vice président, Carlos Mesa, demandait également la démission de son dirigeant, sans toutefois démissionner (le mouvement populaire ne serait pas contre sa présidence). Son gouvernement vole en éclat...
Goni refuse donc de démissionner, appuyé qu'il est par l'armée et ... l'ambassade des Etats Unis qui agit dans l'ombre. Mr Bush a d'ailleurs officiellement dit qu'il ne "tolèrerait pas une interruption de l'ordre démocratique en Bolivie", et l'ambassadeur américain a fait pression sur les ministres démissionnaires pour qu'ils rejoignent le gouvernement! Si ce n'est pas de l'ingérence, je dois me tromper sur la définition de ce terme... Ceci dit, un Président dont presque l'ensemble du pays demande la démission, dont la coalition gouvernementale vient d'éclater et qui n'a plus de soutien que de la part de l'armée, des transnationales et de l'ambassade américaine est il encore "démocratique"?
Vincent
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